Le micro, cet obscur objet du désir

 

Voix off, micro et fétichisme

microC’est le sujet le plus bateau de notre profession, qui revient régulièrement : quel est le meilleur micro ? Allez sur n’importe quel forum voix-off anglo-saxon (il n’y en a quasiment pas en français, comme vous devez sûrement le savoir) ou groupe Facebook dédié à notre beau métier, et c’est LA question récurrente de la part des nouveaux dans le métier… et de moins nouveaux. Comme s’il y avait une réponse unique et universelle.

On demande parfois à cet appareil de palier à un manque de technique, de compenser une acoustique douteuse, de pardonner une voix mal placée donc détimbrée, bref de rendre nos prises parfaites, comme une baguette magique.

Et en parlant de baguette magique, certain(e)s ont avec le micro un rapport quasi-freudien, y voyant un symbole phallique à peine voilé de réussite et de pouvoir. Regarde mon gros Neumann et appelle-moi boss.

Le micro : un gadget

La question de savoir quel micro acquérir devrait être très, très loin dans la liste des préoccupations des comédien·neÍ voix off travaillant depuis leur studio privé. Pourquoi ? Parce que c’est un gadget. Oh, blasphème ! J’en vois d’ici lever les yeux au ciel, faire un signe de croix, me lancer le mauvais œil… Et pourtant, c’est un gadget.

micro gadgetJ’utilise le mot ‘gadget’ parce que c’est comme ça que le micro est perçu par certains. Un gadget qui les rendra miraculeusement aussi bons que les meilleurs d’entre nous, qui leur donnera un accès instantané et irrévocable au pinacle du temple de la voix off.

En fait, le micro, c’est tout simplement un outil. Un outil nécessaire certes, mais qui n’arrive qu’à la fin de la chaîne (bon, techniquement, avant le pré-ampli, mais vous comprenez ce que je veux dire).

J’aime le travail du bois – pour moi, c’est méditatif. Mais maître du bois, je ne le suis pas. Un ciseau à bois à 2 balles, dans les mains d’un compagnon ébéniste, est plus efficace qu’un ciseau à bois japonais forgé par un maître artisan dans les miennes. Même chose pour le micro comparé à la voix. Votre voix est le point de départ : c’est un instrument à développer, à travailler pour le parfaire, puis à travailler constamment pour l’entretenir.

voixoff-temoignage2Puis il y a votre compréhension du script, et de ce qu’on attend de vous. Il y a votre capacité à écouter, essentielle, (plus là-dessus dans Une Question d’Organe, que je vous encourage FORTEMENT à lire), et celle, non moins essentielle, à maîtriser votre voix. Il y a l’insonorisation de votre cabine, et, point crucial, son traitement acoustique. Une bonne acoustique avec un micro passable sera TOUJOURS meilleure qu’une acoustique passable avec un bon micro.

Le meilleur micro, ça ne veut tout simplement rien dire

micro voix offBref, il y a nombres d’éléments à considérer avant de se préoccuper du meilleur micro. Ce qui, d’ailleurs, ne veut rien dire. Même après avoir couvert tous les éléments qui le précèdent, s’intéresser à l’outil sans se préoccuper de qui l’utilisera et de son usage est complètement stérile. Généralement, on peut dire qu’en application voix off, les micros à condensateur seront plus appropriés que les micros dynamiques. Mais les micros à ruban, par exemple, peuvent être une option intéressante. Sans entrer dans des considérations ésotériques, il est essentiel de considérer certains facteurs.

Vous êtes une femme ? un homme ? Votre voix est (objectivement, pas votre perception personnelle) : grave / médium / aiguë ?
Dans quel environnement acoustique enregistrez-vous ? Les meilleurs micros à condensateur à large membrane exigent un environnement acoustiquement parfait ; moins que parfait, un micro moins sensible sera 10 fois moins cher et 10 fois meilleur.
Vous enregistrez quoi, dans quel style ? Spot TV inspirante, promos punchy, e-learning… ?
Votre travail sera diffusé où ? etc etc… Autant de questions que vous devriez vous poser avant de considérer tel ou tel micro. Et la cerise sur le gâteau : certains micros sont sublimes mais pas adaptés à la voix off. Pourquoi, comment ? Parce qu’ils font trop entendre la voix, au détriment de ce que la voix dit – autrement dit, la voix n’est plus transparente, au service du script, mais attire trop l’attention sur elle. Elle ne sert plus le message et l’audience, mais demande de l’attention, comme un comédien sur scène à l’égo démesuré qui ne sert pas son personnage mais joue pour les applaudissements.

Il n’y a pas de secret : essayez différents micros dans VOTRE environnement acoustique. et avant d’investir une somme conséquente dans un micro, assurez-vous d’avoir investi 10 fois cette somme dans votre traitement acoustique et, bien sûr, d’avoir une excellente isolation phonique.

C’est quoi, votre position préférée ?

Eh oui, c’est important, c’est même crucial pour tirer le maximum de l’outil en fonction de ses spécificités et de l’effet désiré. Alors plutôt que de répéter ce que quelqu’un d’autre dit très bien, regardez cette petite vidéo sur le placement dynamique au micro !

 

Je vous recommande également un article fort intéressant de Graham Cochrane, ingé son de grand talent et fondateur de The Recording Neumann U87Revolution sur l’art presque perdu de la ‘danse du micro’ (le placement dynamique) que vous trouverez ici.
Voilà, j’espère que vous trouverez là matière à réflexion, et je vous souhaite malgré tout de trouver le micro de vos rêves, parce que, soyons honnêtes, un beau micro, ça fait rêver !
Merci d’avoir lu cet article et si vous l’avez trouvé intéressant, pensez à le partager avec vos amis et vos collègues au moyen des boutons de réseaux sociaux ci-dessous !

N’hésitez pas à partager ici votre expérience et à laisser vos commentaires, vos suggestions ou vos questions !

2021-10-01T11:55:57+02:00

Partagez cet article, choisissez votre plateforme !

Poster un commentaire

Go to Top